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THERAPIE ET MEDIATION EN TANT QUE CONSTRUCTION SOCIALE

UN SEMINAIRE AVEC KENNETH J. GERGEN

TROISIEME PARTIE

 

LYON les 15 16 et 17 octobre 1999

 

Le cas du "Projet de conversations publiques"

 

(Mary) Certains d'entre vous connaissent l'Institut de Cambridge au Massachussets ? L'exemple de dialogue transformatif que je vais vous présenter y est utilisé. Il s'appelle "The Public Conversation Project". Il s'agit d'une étude en cours qui est destinée à créer plus de compréhension entre deux groupes antagonistes. Il a été utilisé à Boston avec des groupes qui s'opposent à l'avortement. Aux Etats-Unis, je ne sais pas si vous le savez, le problème de l'avortement est très controversé et en particulier à Boston (ville catholique), ce problème a pris une tournure dramatique. Le même modèle a été utilisé aux Nations Unies, il a été utilisé dans des centres de thérapie familiale avec des groupes antagonistes de thérapeutes. Je pense que pour la réussite de ce projet, il est important que les gens qui participent puissent comprendre qu'ils ne sont pas obligés de modifier leur point de vue. Une des raisons de réunir les gens, c'est de faire en sorte qu'ils se sentent en sécurité. Ils savent qu'ils vont rencontrer des gens différents mais c'est important qu'ils sachent qu'ils n'auront pas à changer leur avis. Cependant, le paradoxe de l'action, c'est que lorsque vous comprenez mieux l'autre, cela a un effet.

 

Il a fallu pas mal de temps pour développer cette pratique. Au moment de choisir les gens, comme à Boston par exemple où ils ont choisi le problème de l'avortement, ils n'ont pas choisi quelqu'un dont le rôle officiel empêcherait d'émettre un avis personnel. Ainsi, ils n'ont pas choisi le Cardinal de Boston parce qu'ils étaient d'avis qu'il n'avait aucune flexibilité, bien qu'en général ils travaillent avec une grande diversité de gens. Les gens qui ont été appelés à participer ont été informés en détail sur le projet et la conduite de ce genre d'activité est réglée avec précision., sa nature oblige de présenter une série de règles aux participants Très souvent, on tend à penser que la conversation est spontanée et que la relation qui se crée entre les gens relève de la spontanéité et qu'il serait malvenu de limiter cette spontanéité. Les gens qui sont invités à participer sont donc invités à dîner et la conversation a lieu après le dîner. La règle veut que pendant le dîner, il est interdit de parler du point de vue que l'on a sur l'avortement, ce qui permet aux gens de se rencontrer et d'avoir un repas agréable sans savoir quelles sont les idées que les autres partagent sur l'avortement. Et on pourrait théoriquement voir cela comme une possibilité donnée à ces gens de voir qu'ils peuvent avoir des relations avec d'autres sur d'autres sujets de leur vie. De cette manière, il y a une sorte d'expérience positive qui prend place avant la discussion. Après le dîner, tout le monde se rend dans une salle confortable pour parler. Cependant, la conversation suit certaines règles. La première règle, c'est qu'aucune insulte ou invective, aucune expression négative (comme tueur d'enfants) ne sera prononcé. La deuxième règle est plus difficile à suivre, c'est qu'il ne sera dit que des choses issues d'expériences personnelles. Donc, vous ne pourrez pas dire : l'église catholique interdit l'avortement, mais : je n'ai jamais pensé que c'était bien d'avorter. Il y a un certain degré de confidentialité à maintenir, éviter notamment que les gens puissent penser que leurs prises de position seront publiées le lendemain dans la presse. La place de chacun des participants et ce qu'ils sont autorisés à dire est également réglée. A Boston, ils ont disposés les gens en cercle de manière à avoir une proximité physique alternée entre ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre l'avortement. Ils savaient aussi grâce aux échanges téléphoniques préalables qui était la personne la plus vulgaire, la plus bavarde, la plus extravertie, la plus sociable. Ces personnes ont été désignées pour s'exprimer en premier, de façon à avoir une idée de comment les gens allaient parler. Et l'ordre de parole passait de l'un à l'autre et revenait en sens inverse. Il leur était demandé de répondre à quatre questions. La première était : Comment se fait-il que vous soyez là, quelle expérience personnelle vous permet de justifier votre présence ici ? Généralement, cette question conduit à une narration biographique et un des bénéfices de cette narration, c'est que lorsque quelqu'un raconte une histoire de sa vie, on ne peut pas lui dire qu'on est pas d'accord avec lui, parce que ce n'est pas un débat, c'est une histoire. Puis vient une deuxième question : Quel est le cœur du problème pour vous dans la question de l'avortement ? L'idée, c'est que chaque personne puisse s'exprimer sur les choses les plus importantes pour elle sans qu'elle soit interrompue. Les organisateurs espéraient par là que des narratives communes pourraient être trouvées au-delà de leurs divisions sur la question. Pendant tout le processus, il était possible à chaque personne de poser une question à une autre personne. Cependant, la question ne pouvait être qu'une question de clarification. Ainsi, on ne pouvait pas mettre en doute ce que disait une personne, on ne pouvait que lui demander des compléments d'informations. L'idée était qu'en procédant de cette façon, personne ne pouvait se sentir blessé et pouvait ainsi s'exprimer en toute sécurité. Cela revêtait une importance particulière pour la troisième question qui était : Est-ce que vous avez des doutes ou des questions, des zones d'ombres dans votre point de vue ? Si les gens ne se sentaient pas en sécurité arrivés à ce point du processus, la question restait inefficace. Ce qui se passait à ce moment-là, c'est que les gens exprimaient une autre voix de leur opinion. Habituellement les conflits se durcissent et rétrécissent les points de vue personnels sur un sujet mais dans une atmosphère où on se sent en confiance, on a envie d'exprimer ses propres doutes, ses propres limites de l'acceptable. Dans cette expérience, il arrivait souvent que les doutes se chevauchaient les uns les autres et faisaient se réduire les apparentes différences dans les groupes. Venait alors une quatrième et dernière question, qui était comme une ouverture : Qu'est-ce que vous pensez maintenant de votre point de vue à la lumière de ce qui s'est dit ? Dans une certaine mesure, il était permis à chacun de réagir à l'expérience elle-même et d'exprimer son point de vue sur la question de l'avortement. En général, à la fin de la conférence, il y avait beaucoup de sentiments partagés en dépit des divisions. Les positions opposées s'étaient érodées dans l'expérience.

 

Une fois que les gens sont retournés dans leurs propres organismes, le processus d'amélioration des conditions de dialogue a continué d'étendre ses effets à tel point que des réunions ont été mises sur pied entre ces différents organismes. J'ai pratiqué cet exercice dans le cadre d'un cours pratique de direction institutionnelle et je me suis servie de cet exemple. A la fin du cours, les participants m'ont dit combien ils avaient apprécié l'exercice. La prochaine fois cependant je choisirai un sujet plus controversé, parce qu'il semble que l'expérience était tellement plaisante, qu'elle a supprimé tout conflit.

 

bulletCombien de personnes participent à ce processus ?

 

En général huit, mais cela dépend si vous avez un bureau, cela pourrait être plus, on pourrait l'organiser différemment.

 

bulletComment les gens ont-ils été réunis ?

 

A Boston, je pense que c'est parti d'une organisme social public qui ne voulait pas voir le conflit s'étendre et voulait améliorer les relations entre les les différents acteurs. Un bureau un jour quelqu'un a dit : il faut qu'on fasse quelque chose. C'est pourquoi ces thérapeutes sont intervenus.

 

bulletComment ces gens savaient-ils quelles personnes contacter ?

 

Je pense que c'est parce que l'Institut de Cambridge est situé à l'Ouest de Boston et que ses membres font partie de diverses organisations. C'est pour cette raison qu'on les a appelés en leur demandant s'ils voulaient se porter volontaires, mais je pense que cela pourrait fonctionner avec d'autres milieux. Voici leur Site Internet : //world.std.com/~ fic/

 

 

Questionnement appréciatif

 

Je vais vous expliquer ce que nous allons faire maintenant. Nous allons nous pencher un peu sur le vocabulaire du dialogue transformatif, puis ce que j'aimerais que vous fassiez, c'est de partager vos diverses pratiques en petits groupes et rassembler les résultats de ce partage, afin de construire ce vocabulaire et je demanderais à Mary de nouveau de nous présenter un matériel qui pourra je l'espère nous amener vers d'autres horizons, à d'autres niveaux. Voyons d'abord ce que je veux dire par construire. J'ai essayé plus haut de parler de manière de pratiquer en tant que forme de vocabulaire ou comme des manières de coordonner, de compléter ou d'inviter à l'action. L'exemple du "Public conversation project" est un ensemble complexe de vocabulaires où l'on utilise un grand nombre de pratiques. En les mélangeant, nous pouvons en extraire quelques définitions qui pourraient être utilisés dans d'autres domaines, comme la thérapie, la médiation, la réduction des conflits de groupes, dans les écoles et même dans nos propres vies.

 

- Sécurité

- Eviter la mise en accusation

- Rituels d'unité

- Similitude

- Affirmation de l'expérience personnelle

- Autoréflexivité

 

Ce que je vous propose, c'est que de rassembler les diverses pratiques en catégories. Ces catégories vont à leur tour susciter d'autres formes de pratique. Il n'y a pas de définition exacte à trouver. Si je prends l'exemple du "Public Conversation Project", il semble important, comme le mentionnait Mary, que les gens qui dirigent ce projet garantissent une certaine sécurité aux participants : ils ne seraient pas attaqués pour ce qu'ils diraient, personne n'essaierait de les changer, de les maltraiter s'ils ne voulaient pas changer, voilà un des éléments-clés qui pourrait être utilisés dans d'autres situations. Un autre aspect qui me semble important, c'est qu'on évite la mise en accusation, la possibilité de blâmer ou de rendre l'autre responsable, ou pour le dire autrement. Le blâme est une sorte de réponse coordonnée que nous avons hérité de notre passé. Si je dis : vous avez mal agi, un des compléments les plus habituels, c'est de répondre : non, je n'ai pas mal agi. Si je le dis assez fort, vous allez rétorquer et dire : Vous êtes celui qui a mal agi. A ce point, les possibilités de réduire le conflit deviennent très minces. Cependant, il n'existe pas de règle pour cela, j'essaie simplement de trouver comment nous pourrions catégoriser cela. Pour ma part, je pense qu'il y a quelque chose avec ce dîner qui est important. comment pourrais-tu expliquer cela (a Mary), cela pourrait être important pour toi aussi ?

 

(Mary) Cela dépend du vocabulaire que tu utilises, l'histoire de la signification de manger ensemble, c'est une histoire d'amitié, on fait appel aux bonnes manières, mais la conversation visait à faire se rencontrer d'autres communautés d'êtres, d'autres individus. Encore une chose, l'impact émotionnel était positif.

 

Je crois que l'invitation à dîner est une manière d'encourager une certaine forme de rituel, de politesse conventionnelle, de rituels d'unité en quelque sorte. Dans ce sens, il serait intéressant de savoir comment c'était de se trouver assis l'un à côté de l'autre au lieu de se trouver comme d'habitude les uns d'un côté et les autres de l'autre. Une autre chose que Mary a suggéré et que je veux relever, c'est la manière avec laquelle tous trouvent chez l'autre quelque chose d'eux-mêmes, comme une similitude : nous faisons tous partie de la même tradition. Ce qui semble particulièrement important dans ce cas, c'est que la similitude vient avant la prise de conscience de la différence, parce que quand vous rencontrez quelqu'un vous ne savez pas si vous avez à faire à une personne normale. Une autre chose qui me semble aussi importante, c'est l'affirmation de l'expérience personnelle : qu'est-ce qui m'est arrivé, quelle est mon expérience de vie...

 

(Mary) Tu veux parler du repas ?

 

Non, le repas, c'est plus tard, lorsqu'ils parlent chacun de leur expérience de l'avortement : quand j'ai avorté, quand j'ai perdu mon enfant, la tristesse, le bonheur. Mais comment comprendre ces narratives ?

 

(Mary) Il y a une chronologie dans la présentation du discours.

 

Oui, mais pourquoi cela devrait marcher, pourquoi cette chronologie est performative ?

 

bulletC'est fait de stades...

 

Cela vous donne une chronologie, des étapes du développement, mais si je vous raconte comment j'en suis venu à ne plus vous aimer, la chronologie au niveaux des étapes ne va pas m'aider. Il y a quelque chose à propos de ces histoires (du moins de la manière dont elles ont été utilisées) qui semble comme une manière de vous attirer.

 

bulletC'est une question d'ordre général, pourquoi les récits des autres nous intéressent, pourquoi est-ce qu'on est attirés par les récits des autres ?

 

Si vous avez un dialogue fait de principes abstraits, vous pouvez le réfuter : si je vous présente mes principes éthiques, vous pourrez toujours y trouver des défauts, en particulier si j'essaie d'appliquer ces principes sur vous : Si j'essaie de vous convaincre à propos des droits des femmes, qu'il faut les considérer comme des êtres humains, nous pourrons nous disputer tout le reste de la journée. Mais comme l'a soulevé Mary, quand je parle de ma propre expérience nous ne pouvons pas nous disputer. Je peux dire : J'ai souffert. Nos conventions sociales ne vont pas vous permettre de dire : Mais non, vous n'avez pas souffert. Donc, il y a quelque chose dans les narration personnelles qui est significatif en l'occurrence.

(Mary)- Je pense que c'est exact, c'est ce qui fait que les thérapeutes ont tant de peine à travailler avec le changement, car, finalement, c'est ce à cela que sont confrontés les thérapeutes.

 

Laissez-moi suggérer, et ce n'est qu'une suggestion, que nous avons à faire ici à un complément d'action important. Si on entend progresser vers une transformation, on veut être écouté, on veut faire partager son expérience à tous ceux qui sont autour de la table et on veut que le complément soit celui d'être écouté : ce que je dis a de la valeur, que les autres ne doutent pas de ce que je dis, je ne me trompe pas quand je dis ce que je dis. Si nous parvenons à danser comme cela, nous avons quelque chose à faire ensemble. Si je peux vous exprimer personnellement ma peine et que vous écoutez attentivement, avec un sentiment d'empathie, vous me confirmez que nous nous sommes rencontrés, que nous nous sommes bien coordonnés. J'ai été impressionné par les questions qu'ils posent à propos du doute : quels sont les doutes que vous avez sur votre position ? ( A Mary) Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus, qu'est-ce que cela veut dire : exprimer mes doutes, qu'est-suscitent un complément d'hostilité, mais si je dis : j'ai des doutes et voici mes zones grises, là où je n'y vois pas très bien, cela ne suscitera pas une hostilité de votre part parce que j'adopte votre voix. Ce pourrait être ce que vous vous racontez, vous devenez une partie de moi-même. Je suis d'accord que c'est un changement très important. Si je retourne à la terminologie que j'ai utilisée plus haut, il y a dans cet instant quelque chose de l'ordre de l'auto-réflexivité, qui implique l'adoption d'une autre voix que la sienne, qui peut résonner comme celle de l'autre, qui peut faire appel une autre forme de discussion, une forme de coordination différente de celle qui dit : voici ce que j'en pense. J'ai parlé à partir de mes propres notes, est-ce qu'il y a d'autres aspects du Public Conversation Project qui vous semblent importants ?

 

(Mary) Je ne sais pas si c'est suffisant....

Ce n'est peut-être pas suffisant, je suis en train de voir s'il y avait quelque chose que quelqu'un voulait ajouter.

 

(Mary) Tu sembles éviter tout ce qui relève de l'émotion positive, les modèles....

 

 

Approche détaillée des changements narratifs et communautaires

 

Alors, voilà le défi. Vous tous pratiquez, vous êtes des professionnels. Vous voyez des centaines de situations d'antagonisme et d'isolement dans votre vie quotidienne et j'aimerais que vous vous divisiez en groupes. Dans ces groupes, les participants pourront parler de leur propre pratique professionnelle et en particulier celle du problème de la différence et voir si nous pouvons enrichir nos vocabulaires. Nous verrons si nous pouvons élargir cette pratique. Choisissez donc un groupe de gens que vous ne connaissez pas, cela vous permettra de faire de nouvelles expériences. Est-ce que quelqu'un peut prendre des notes de façon à ce que nous puissions avoir une idée de ce qui s'est passé dans les groupes.

 

 

-Peut-on définir un peu plus la consigne. Quelle consigne donner aux groupes ?

 

La tâche consiste à parler de votre pratique, ce que vous faites à un niveau très concret dans des cas où vous rencontrez de la séparation et de l'hostilité, des réalités différentes.

 

bulletOn a passé un peu en revue ces antagonismes entre les demandes du couple, entre les parents et les enfants, entre le thérapeute et la famille, les éléments d'expérience sur les antagonismes à l'intérieur de la famille dans les problèmes de maltraitance. Dans l'expérience avec un groupe de parents maltraitants, l'idée était de demander à chacun, à chaque parent quelle conversation il voulait avoir dans le groupe sans induire un sujet effectif et créer un climat de sécurité qui permette de parler de la violence sans ingérence. Cela s'articule autour d'amener les parents maltraitants à parler de leur propre enfant. Personnellement j'ai un peu la même expérience dans les pratiques de la thérapie familiale, d'interviewer chaque personne de façon approfondie. Cela donne un modèle de compréhension de chaque personne et un engagement de chaque personne. C'est plutôt une manière de travailler qui provoque l'effet de la compréhension mutuelle.

 

Est-ce que c'est un modèle qui leur est destiné ou est-ce que c'est plutôt une technique que vous pratiquez ?

 

bulletOui, on a joué le père qui n'est pas d'accord avec sa femme sur l'éducation des enfants, l'intervenant l'éclaire devant la femme et les enfants sur son point de vue, essayer de comprendre au maximum son point de vue et puis à repérer son histoire personnelle et puis après passer à sa femme et essayer de comprendre son point de vue aussi.

 

Donc, ils développent une espèce de modélisation et deviennent eux-mêmes comme le thérapeute qui pose des questions et trouvent quel est le point de vue du client.

 

bulletEnsuite, pour l'antagonisme entre les deux parents quant à leur attitude parentale, quand les parents ne sont pas d'accord sur la question de l'éducation des enfants, on va parler pour rendre visible à chacun la manière d'intervenir de l'autre, en prescrivant à chaque parent de s'abstenir de sa façon de faire habituelle pour adopter la façon de l'autre parent. En ce qui concerne l'antagonisme au niveau conjugal, l'idée était de travailler sur le génogramme, la généalogie et pouvoir demander quels conseils donnerait telle personne de la généalogie. Travailler sur les exceptions, sur les moments où il n'y a pas d'antagonisme, d'explorer les moments où ils ne sont pas en conflit, les exceptions.

 

Donc, mettre l'accent sur les moments où il n'y a pas ces problèmes...

 

bulletOn a parlé aussi de l'antagonisme entre le thérapeute et les patients, d'une part sur les difficultés de compréhension pour des raisons culturelles, de faire venir d'autres personnes de la famille ou alliée...

 

Pour multiplier les voix...

 

bulletToujours à propos des antagonismes entre le thérapeute et le patient, l'idée de prendre une position basse en tant que thérapeute et de restituer au patient ses compétences et sa responsabilité dans le dialogue, de beaucoup travailler sur la place à laquelle le patient met le thérapeute, pour que le client se réapproprie ses compétences et ses ressources...

 

Comment vous faites cela ?

 

bulletPour éviter la montée ?... Dire qu'on y arrive pas, exprimer nos doutes et nos difficultés, en redonnant au client la responsabilité de son discours. Il y a aussi l'idée d'adhérer au langage du patient, valider son expérience...

 

Et avoir des questions sur comment cela a du sens pour lui ?

 

bulletNon, je ne pose pas de questions, ce sont eux qui m'en parlent...

 

Je connais un autre thérapeute qui, lorsqu'il reçoit des couples en conflit leur demande de regarder une bande vidéo d'un autre couple en conflit à la maison et ils parlent de comment eux résolveraient le problème.

 

bulletOn a parlé de l'antagonisme entre professionnels pour dire que l'expérience de parler de son modèle et d'écouter celui des autres, il y avait comme pratique de base de ne pas se fixer comme objectif d'arriver à un accord, de renoncer à un accord, d'être d'accord de ne pas être d'accord. Le fait de renoncer à un consensus permet d'accorder la manière de travailler.

 

Bravo, vous pourriez publier un article là-dessus...En termes de temps, je ne vais pas traduire cela en catégories, c'est un exercice intellectuel, contentons-nous de partager ces pratiques, cela me paraît le plus important. J'ai remarqué plusieurs choses que vous avez dites que je n'ai jamais entendues auparavant et qui sont très intéressantes. Passons à un autre groupe maintenant.

 

bulletNous avons travaillé avec une étrange intensité. Nous avons suivi la liste que vous avez inventé en essayant d'ajouter des choses. Nous avons ajouté trois points. Un point est tout à fait clair et certainement vous serez tous d'accord, c'est la reconnaissance de l'identité et de la singularité de chacun, mais comme une action volontaire, avec une connaissance claire de l'identité de chacun. C'est exactement comme vous l'avez pensé, mais on trouve un premier obstacle. On découvre lorsqu'on discute, il y a des gens qui dialoguent pour se faire reconnaître et pas pour résoudre un problème, pas pour travailler sur la tâche. Donc, on doit décider quel niveau de dialogue on établit avec l'autre et on convient qu'il faut commencer en reconnaissant l'identité de chacun.

 

Est-ce que vous pouvez donner un exemple concret, comment vous faites cela ...

 

bulletDans une discussion entre collègues, chacun avec sa profession doit collaborer pour monter un projet de soins et le psychanalyste dit : je ne verrai les gens qu'individuellement. Le thérapeute de famille dit : je ne verrai que les familles. Chacun pose ses conditions, sans reconnaître l'identité des autres. Le dialogue continue seulement pour obtenir des autres la reconnaissance de sa condition. Donc, on propose d'accepter que tout d'abord il faut reconnaître la condition de l'autre. Le deuxième point est douteux, parce qu'on découvre qu'il faut pouvoir détourner le pouvoir que chacun cherche et revendique et on ne sait pas très bien comment résoudre ce problème, ce qui nous fait passer au troisième point. Si dans une discussion avec la famille le père veut maintenir un pouvoir vis-à-vis de ses enfants, il faut qu'il utilise ce pouvoir et la possibilité qu'il renonce ou qu'il joue avec ce pouvoir. Ce problème a été observé dans la discussion concernant les échanges entre professionnels dans une équipe. Dans l'institution de notre travail, chacun revendique un pouvoir et n'est prêt à renoncer au pouvoir. Ce schéma se répète à chaque rencontre selon le même rituel autour de comment conserver son pouvoir. Donc, on voulait voir comment le dialogue pouvait inviter ou permettre qu'ils abandonnent le pouvoir, mais on ne réussit pas à comprendre. Le troisième point, c'est un paradoxe. Parce qu'on convient que pour résoudre le deuxième point, il faut sacrifier quelqu'un et je sais que cela va dans le sens contraire de tout ce que vous avez dit.

 

J'aime le paradoxe...

 

bulletIl y a un exemple à donner qui est étonnant, j'aimerais bien que la personne qui en a parlé vous le décrive.

 

bulletJ'ai donné l'exemple dans ma pratique professionnelle. J'ai la chance de travailler dans une équipe pluridisciplinaire, des gens qui ont une formation et qui sont issus de l'Education Nationale, il y a des gens qui ont des formations de rééducation, orthophonie, psycho-motriciens, des gens de la santé, des psychologues. Il y a des médecins et pour enrichir on s'est adjoint l'apport de psychologues issus de courants de pensée différents, des psychanalystes, des thérapeutes familiaux et ce qui a beaucoup animé la débat dernièrement, c'est la consultation simultanée de trois enfants de 5 ans, nés en même temps qui présentent un jargon entre eux et qui ne parlent pas. On les a mis dans une classe unique, en campagne et ils font le noyau de la classe. Pour nous, la meilleure des solutions, c'est qui est revenu, c'est que la mère de famille s'est retrouvée en consultation avec un psychologue, une orthophoniste pour chacun des trois enfants. A chaque fois, on a essayé de constituer pour ouvrir le maximum de chances, une équipe pour les trois enfants. On a eu des questions comme : est-ce que ça a amélioré le dialogue pour la famille... Pas vraiment.

 

bulletDonc, vous voyez clairement comment il fallait sacrifier quelqu'un et donc, pour que la paix de l'équipe reste, ils ont sacrifié quelqu'un. Ce n'est pas facile d'accepter la complexité et la diversité, d'instaurer le dialogue.

 

Je ne peux pas dire que c'est la solution que je préfère... Nous devrons donc ajouter l'humour comme catégorie. Passons au prochain groupe

 

bulletNous avons travaillé par Odile qui est une éducatrice et conseillère en éducation et qui travaille avec un adolescent dont les parents ont divorcé récemment et qui a été violé par certains de ses camarades de classe. Son discours principal est qu'il est une victime. Il a raconté son histoire à l'école en se posant définitivement en victime de cette tragédie. On l'a envoyé chez un psychiatre. Ce dernier travaille seul avec ce jeune. Tout en poursuivant sa thérapie, le jeune raconte au conseiller scolaire que le psychiatre ne l'aide pas du tout. Le conseiller se rend compte que le psychiatre en fait n'aide pas l'enfant et il veut essayer autre chose. Il aimerait bien dire au psychiatre que sa manière de s'y prendre avec l'enfant n'est pas celle qu'il lui faut et qu'il y a d'autres façons de s'y prendre. Nous avons parlé dans le groupe des possibilités qui à notre sens aideraient et maintiendraient cet impact entre les divers professionnels, l'enfant et la famille, parce que tout le monde accusait l'autre de ne pas faire son travail correctement. Pour sortir de cette impasse, nous avons fait un jeu de rôles entre le conseiller pédagogique et le psychiatre. Le conseiller commença par dire au psychiatre qu'il n'était pas efficace. Bien sûr, le psychiatre lui a répondu qu'il faisait un très bon travail et qu'il savait comment traiter les patients. Nous avons donc cherché une autre manière de faire. Après le jeu de rôles, nous avons commencé à collaborer les uns avec les autres et le conseiller a demandé au psychiatre ce qui selon lui pourrait réellement aider l'enfant et adapter la thérapie pour que cela lui convienne. Cette demande a ouvert la conversation entre le deux professionnels et ils commencé à réaliser qu'ils pouvaient travailler ensemble, en équipe. Le psychiatre a avoué alors qu'il avait des doutes à travailler seul avec le jeune. Nous avons donc pensé qu'il serait bien que chacun ne soit pas isolé dans sa propre tour. Les professionnels ont réalisé qu'aucun d'entre eux n'avait posé la question à l'enfant sur ce qu'il voulait vraiment. Nous avons pensé que le partage des doutes de chacun les rendraient plus humains et ouverts à la conversation avec l'enfant. Lorsque nous avons demandé à la personne qui nous avait décrit le cas si ce que nous avions fait l'aiderait, elle a répondu que cela allait certainement l'aider.

 

Il y a plusieurs éléments dans cette narration... Au tour du dernier groupe, maintenant...

 

bulletNous avons parlé en deux volets. On a d'abord commencé à parler des cas. Il a été question de deux situations concernant des parents séparés, très en conflit. Très rapidement, on a relu les choses qui avaient été évoquées tout à l'heure, on a ajouté aussi des choses que l'on pourrait faire pour accroître la possibilité et entrer dans un dialogue positif pour les deux parents. Ajouter à ce qui a été dit sur la sécurité trois choses que l'on a retrouvé et qui sont : l'acceptation d'emblée de la part de l'intervenant des récits différents de chacun sans chercher la logique ni le pourquoi ni comment, de faire en sorte que les deux parties en conflit puissent donner dans un climat de tranquillité des informations et passer des informations de ce qu'ils vivaient dans leur situation présente. Par exemple, des parents qui vivent séparément et qui font des hypothèses terribles sur la situation que vit leur enfant chez l'autre parent. Pour ce cas-là, l'intervenant propose que chacun des parents puisse donner des informations au sujet de la vie de l'enfant chez l'autre dans un climat de respect et d'acceptation...

 

C'est une règle que vous imposez  ?...

 

bulletC'est ce que le groupe a trouvé comme moyen intéressant pour démystifier dans l'esprit des parents la vie qu'a l'enfant chez l'autre. Le troisième aspect, c'était la possibilité de faire anticiper aux deux parents l'avenir de leur propre enfant. Quels pouvaient être les avantages pour leur enfant de trouver pour eux un dialogue commun ; dans ce sens, l'intervenant stimulerait les deux parents en conflit pour les aider à sortir de cette situation conflictuelle en les projetant dans le futur en leur faisant imaginer les conséquences positives d'un accord mutuel pour l'enfant.

 

 

Jusque là, tout allait bien, il s'était formé dans le groupe un consensus apparent. La difficulté de trouver un consensus est apparue lorsque la question s'est posée non pas au niveau du résultat de la manière de faire, mais au sujet de la théorie que nous avions élaboré pour amener ces gens à sortir de l'impasse.

 

Je pense à l'avertissement de Mary de tout à l'heure qui disait que nous ne devrions pas être trop critiques. Nous avons beaucoup parlé des limitations. La théorie est un moyen de réflexion sur la pratique, une espèce de mouvement réflectif pour tenir compte des possibilités et des limites, des nouvelles directions. Je suis enclin à considérer la théorie non comme quelque chose de l'ordre du schéma ou des directives pour se diriger, mais comme un moyen de réflexion et de créativité. Il est vrai que nous ne sommes pas allés au bout de cet exercice destiné à convertir ces diverses pratiques, ce qui je pense pourrait être finalement utile. Cependant il nous a permis de commencer à élaboré des concepts abstraits capables de faire surgir de nouvelles idées, de nouvelles images. Je voulais aussi m'étendre encore un peu sur une partie de ce que vous avez dit qui me semble importante. J'ai trouvé la plupart de ces pratiques très intéressantes, en tant que manières de réduire les distances avec l'hostilité, l'antagonisme et de créer des contextes ouverts à d'autres activités. Une des pratiques que vous avez évoquée, qui me semble très importante est celle dans laquelle vous invitiez les gens à planifier leur avenir, à savoir ce qu'ils veulent faire pour cet avenir. C'est une nouvelle forme de conversation, qui crée vraiment une nouvelle vision des choses.

 

Ne serait-ce que pour quelques minutes, je voudrais partager avec vous une pratique que nous utilisons beaucoup avec Mary et le TAOS Institute, un institut qui tente de rassembler les théories et pratiques du constructionisme social en vue d'utiliser ces pratiques particulières pour étendre le développement des organisations internationales qui se sont constituées autour de ces pratiques. De nouveau, cette pratique est constituée d'éléments du vocabulaire que l'on peut utiliser dans une quantité de situations différentes. Mary va vous en parler :

 

(Mary) Cela s'appelle "Appreciative inquiry" (questionnement appréciatif). Il s'agit d'une exploration ouverte aux possibilités positives. Cela consiste à apprécier le travail de tous les membres de certaines groupes, être reconnaissant ou heureux, mais cela consiste aussi à comprendre. Cette pratique a été développée principalement par des consultants faisant partie d'organisations diverses, mais elle peut être utilisée dans tout autre contexte. Ce que nous sommes en train de découvrir, c'est qu'aujourd'hui des gens du monde entier, de Londres, au Népal à Katmandou, en Inde, et aux USA sont en train d'explorer son utilité dans les organisations et il semble qu'elle présente un potentiel pour le travail en médiation familiale. Vous pourriez être les premiers à l'appliquer à la thérapie familiale. Il existe un endroit où des thérapeutes l'utilisent avec des enfants et des familles, notamment à Miami. Une liste utilisée pour soutenir leur travail existe en anglais. Vous pouvez vous joindre à un groupe de discussion sur Internet. Ken va vous donner une liste des instituts importants auxquels vous pouvez vous joindre.

 

Donc, tout d'abord cela consiste à observer une situation et tenter de découvrir toutes les forces, toutes les choses qui marchent bien, toutes les ressources à disposition, toutes les possibilités à disposition pour le futur et planifier en vue d'améliorer la situation. D'une certaine façon, c'est le contraire de la résolution de problèmes. En général, nous disons : qu'est-ce qui se passe avec cette école, qu'est-ce qui se passe avec ces triplés, avec cette famille, et en nous focalisant sur le problème, nous perdons contact avec des aspects positifs qui nous permettraient d'être beaucoup plus efficaces. Cependant, l'essentiel n'est pas dans la méthode. La méthode est puissante, mais ce n'est que la méthode d'une seule possibilité, il y a de multiples variations possibles. Je vais vous en donner un exemple : En général vous pouvez utiliser cette méthode avec n'importe quel nombre de personnes y compris avec des milliers. Cela démarre avec des entretiens et habituellement le médiateur crée avec l'équipe une série de questions qui ont une pertinence pour le groupe. Par exemple, ce pourrait être : Qu'est-ce qui donne une vie à cet institution ? Vous qui travaillez dans cette institution, racontez-nous les moments où vous avez vu que les choses allaient bien. Deux personnes de l'institution échangent leurs histoires respectives à ce propos. Le groupe peut être étendu, vous décidez vous-même où est la limite : est-ce que cela comprend vos clients, est-ce que cela comprend les enfants de la famille Aujourd'hui, toute industrie comprend des sous-traitants, des publicistes, des fournisseurs, des clients. Ces groupes sont appelés à se réunir et des groupes se forment pour se joindre ensuite à d'autres groupes. De grandes rencontres sont organisées avec des représentants de divers groupes pour se raconter des histoires ou pour généraliser les histoires. C'est comme si ici, un participant se mettait à parler avec un autre participant et rejoindrait un autre groupe qui vient d'en faire de même et ainsi de suite de manière de plus en plus étendue. C'est à partir de là que vous pouvez commencer à planifier : où voudriez-vous aller et comment pouvons-nous y parvenir, de quoi a t'on besoin pour y parvenir ? C'est extrêmement dynamique, il n'est fait aucun reproche, il n'y a qu'un grande enthousiasme qui concerne qui vous êtes et ce que vous pouvez devenir. J'utilise cette manière de faire dans mes cours, je l'utilise partout où je peux avec mes collègues. Mes collègues voulaient critiquer les étudiants pour leur mauvais comportement et les étudiants voulaient critiquer les professeurs pour leur mauvais comportement. Je leur ai dit : ne faisons pas une chose pareille, demandons aux étudiants de raconter des histoires sur les meilleurs professeurs et demandons aux professeurs raconter des histoires sur les meilleurs étudiants. De cette manière, chacun a compris ce qu'il fallait faire pour être un bon étudiant et pour être un bon professeur. Cela a été très efficace et a donné de bons résultats.

 

Merci Mary, une jolie histoire américaine... (rires)...Vous avez des questions, des commentaires ?

 

 

- Mais, il y toujours une question de relations inter-culturelles dans un entretien thérapeutique ?

 

Les présuppositions du thérapeute sont les positions avec lesquelles vous entrez dans une séance, elles sont immergées dans la culture et vont générer la possibilité pour des formes de relations différentes. En tant que thérapeute, nous entrons en séance avec certaines formes de présuppositions, comme l'intersubjectivité, par exemple ou avec une conception occidentale des émotions, où tout le monde est supposé ressentir tel sentiment. Cette orientation culturelle va vous sensibiliser à des possibilités et les questions que vous posez sont issues de perspectives culturelles. Il faut donc se tourner vers d'autres manières de se relier et explorer le milieu culturel dont l'autre est issu, et penser à l'améliorer ou à le rendre meilleur en utilisant ses propres termes.

 

bulletMais ce qui est à mon avis intéressant dans la question, c'est non pas de proposer une culture différente, mais que du fait d'avoir une culture différente on génère et on propose des questions différentes à l'autre, qui ne s'est jamais posé ces questions-là. Ce n'est pas tant le contenu sinon le fait de proposer autre chose.

 

C'est possible. Ce n'est pas facile et nous arrivons là à un point de friction. La thérapie elle-même est un véhicule pour maintenir, pour prolonger un certain mode culturel. Nous avons parlé plus haut de politique et d'idéaux moraux. En France, en particulier, vous avez beaucoup de clients qui sont extraits de cultures différentes, il reste à savoir si on va les amener à la culture française ou essayer de respecter leur propre culture. Si vous travaillez avec la violence, vous devez bien connaître ce genre de problèmes.

 

 

- J'ai une question concrète par rapport à une situation, qui pourrait beaucoup m'aider à comprendre votre perception par rapport à la culture. C'est l'histoire d'un couple qui fonctionne avec une violence autorisée par les origines culturelles. Au Portugal, on ne cause pas, on se bat. Donc, comment accepter ces croyances, arriver à modifier leur comportement, quelles sont les questions intéressantes que vous pourriez émettre pour modifier cet état de choses ?

 

Comment pourriez-vous modifier cela, c'est la question ? Il y a différentes questions ici. Il y a une similitude avec ce que nous avons dit plus haut. Si vous avez une croyance très forte, morale à propos de la violence faite aux enfants, par exemple, vous serait-il possible de l'abandonner et d'adopter la perspective culturelle du client. Votre question ici, c'est encore comment changer l'autre. Si vous considérez la thérapie comme une manière d'intégration culturelle, alors venir vivre en France c'est assimiler la tradition française. Toute la question est de savoir comment la thérapie est efficace comme processus d'influence. La vraie question que vous posez établit un programme pour ce qui est requis.

 

bulletJ'ai trouvé cette question intéressante, parce qu'il y a des dimensions structurelles fondamentales dont nous ne tenons pas toujours compte. Et je crois à la perception de la dimension temporelle des gens. J'ai entendu parler, il y a quelque temps d'une étude qui disait que dans certaines cultures, le passé est considéré comme étant devant vous, tout ce que vous avez déjà vécu et connu et le passé est derrière vous, parce qu'il est inconnu. Pour moi, le passé est derrière et l'avenir est devant. Je crois que si vous n'avez pas connaissance de cette dimension en recevant des gens de culture différente, vous pourriez être très perplexe. En ce qui concerne la relation avec l'espace, l'endroit où l'on vit et l'endroit où l'on partage sont des choses de base dans notre vie quotidienne.

 

bulletLa culture, c'est ce qui est évident. Dès que c'est évident, on peut penser qu'il y a une dimension culturelle qu'on peut questionner. C'est l'eau du bocal dans lequel je suis et que je ne vois pas.

 

Disons que les autres cultures sont plus évidentes que sa propre culture.

 

bulletMais c'est vrai qu'il faut une différence pour que cela devienne perceptible.

 

Je dirais que même la perception des différences culturelles est culturelle.

 

 

Le problème de comprendre les autres

 

Il y a une chose sur laquelle nous pourrions revenir et qui a touché de près ou de loin nos discussions. C'est le problème de comment maintenir ou soutenir une perspective traditionnelle donnée ou un ensemble de valeurs qui dépendent de multiples visions et de valeurs conditionnées dans lesquelles la thérapie s'inscrit comme moyen de changer les gens selon notre tradition tout en respectant et en autorisant la tradition dans laquelle ils vivent. Le mode transformationnel est une des possibilités de coordination et de changement, une sorte de fusion entre les deux. J'ai vu cela par rapport au problème de l'abus sexuel sur les enfants. C'est intéressant qu'on ramène cela dans le contexte de la tradition de la sexualité et de la durée de la vie, de la violence dans les familles, de la religion.

 

Je vais vous résumer une autre orientation. Ce n'est pas aussi développé que la psychologie culturelle, mais je trouve cela tout à fait fascinant. Je vais appeler cela une position dialogique, tout en mettant ce mot dans un contexte bien particulier, une façon de voir les relations qui a été très influencée par les théoriciens littéraires russes, comme Bakhtin, et de variantes qui existent dans les sciences sociales, comme celles de John Shotter, un psychologue anglais qui travaille aux Etats-Unis et celle de Hermann et Kempton, deux psychologues d'origine hollandaise, qui ont parlé de cet aspect pour l'intégrer au langage thérapeutique.

 

C'est difficile de rendre justice à cet ensemble de matériaux, mais je vais tenter de vous faire comprendre le sens des images et nous allons explorer les implications de ces images pour les relier à d'autres et ainsi de suite. A mon sens, l'image fondamentale sort de la rhétorique. Si l'on considère la rhétorique c'est comme un langage qui consisterait à faire quelque chose avec vous, pour vous. Cela ressemble beaucoup à ce que j'ai dit auparavant en expliquant comment je concevais le constructionisme, que le langage est une sorte d'association, mais l'idée que je le prépare pour vous à chaque instant. C'est un accent différent de celui mis par les traditionalistes. Traditionnellement, l'accent est fortement mis sur la persuasion où vous devenez un objet de manipulation, qui ajoute en partie une connotation négative, rhétorique. Ici l'accent se déplace, la rhétorique est préparée pour vous. D'une certaine manière, cette rhétorique vous contient déjà, vous existez déjà en moi, je vous porte déjà en moi, je vous exprime dans ma vraie manière de parler. Par exemple, généralement durant ce séminaire, j'ai essayé d'adapter mon langage, en parlant plus lentement et en essayant de m'exprimer de la façon la plus claire possible, de manière différente de la manière habituelle avec laquelle je m'exprime devant d'autres gens. Il est possible que je me sois trompé, je ne sais pas si c'est bien ou mal mais cette façon de parler c'est vous qui l'avez préparée. C'est la même chose lorsque vous parlez avec quelqu'un d'une autre culture ou une autre profession, ou avec vos propres enfants, c'est déjà préparé. Donc, dans un certain sens, le langage que je tiens est déjà une partie de vous et lorsque vous me parlez, c'est moi que vous portez. Il n'y a donc aucune distinction fondamentale entre vous et moi lorsqu'il s'agit de donner du sens. C'est un aspect très important. Dans le processus de donner sens, nous sommes en train de porter l'autre personne. Mais cela ressemble aussi à un double dialogue dans le sens où je porte aussi d'autres relations au même moment, je suis déjà préparé par d'autres relations à ce dialogue.

 

J'essaie de vous donner une certaine image de moi, je donne l'impression d'être indépendant et autonome simplement parce qu'il y a juste un corps devant vous ; mais c'est totalement trompeur. Je porte en ce moment avec moi d'autres conversations, des conversations que nous n'avons pas préparées mutuellement et dont nous ne pouvons pas nous séparer. Ces conversations sont alimentées par la conversation présente. Je suis donc un porteur de dialogue engagé dans un processus. On pourrait disséquer ce processus, mais ce serait une dissection arbitraire du processus qui nous unit ici et maintenant avec l'ensemble de mes traditions et les vôtres en même temps. Donc, ce sont des traditions qui se rencontrent. Ce moment devient un reflet de multiples autres dialogues qui sont préparés, mais qui ne le définissent pas. C'est un système non déterministe. Je ne suis pas simplement une machine qui produit du dialogue, comme le veut la psychologie culturelle qui vous considère uniquement comme un produit. Je ne suis pas le produit d'une machine, je ne suis pas le produit d'une culture, je fais partie de la culture, c'est vous et moi qui sommes en train de créer quelque chose ensemble, de faire de chaque moment une création mutuelle, née de conversations qui s'unissent pour former des assemblages qui n'ont encore jamais existé auparavant. C'est un processus continu de création.

 

 

Psychologie culturelle

 

Je vais encore ajouter quelque chose. Vous aurez remarqué que j'aime bien cette façon de formuler les choses. De nouveau, je vais souligner quelque chose dont nous avons déjà parlé et qui concerne le soi. Bakthine, en particulier s'intéressait beaucoup à la multiplicité des langues qui forment une culture donnée. Il nous semble parfois que nos langues sont comme figées et uniformes ou cohérentes, comme nous considérons aussi que les cultures ont quelque chose de cohérent. Bakthine s'est beaucoup intéressé au fait que le langage est composé d'un pastiche de différentes formes qui le pénètrent, il est soumis à de multiples influences, au fur et à mesure que les gens dans le monde entrent en contact. Des situations géographiques différentes ont donné naissance à de multiples dialectes locaux. On pourrait dire que ce sont des mouvements dynamiques de changement. Pour les bakthiniens, l'intention du gouvernement français de sauvegarder la langue française, de sacraliser une langue en particulier est une tentative anti-historique de figer une langue. On veut garder vivante l'histoire, mais on ne fait qu'essayer de rendre universelle une petite partie de l'histoire au lieu d'accepter que la langue évolue avec l'histoire. Ce qui est intéressant ici pour la thérapie et la pratique, c'est que l'on considère l'individu comme un porteur de langages multiples, de genres de langages dans la culture. Vous et moi nous avons été baignés dans de multiples relations dialogiques, nous sommes donc porteurs des langages de notre enfance, de notre instruction religieuse, des scènes que nous avons vues à la télévision, de nos différentes relations professionnelles, d'affinités particulières. Tous ces langages sont à notre disposition comme il est faux de le considérer dans un système, il est faux de considérer un langage ou une culture comme un tout cohérent, de considérer l'individu comme cohérent et unifié : Il est faux de me considérer comme un individu unique, puisque je suis issu d'origines multiples. C'est aussi faux de considérer ce que je suis en train de dire ce que je suis vraiment. Pour chaque proposition, chaque hypothèse qui semble cohérente, il y a de multiples choses que je pourrais dire et qui pourraient contredire tout ce que je suis en train de dire. J'aime beaucoup citer parfois cette image tirée du Loup des Steppes de Hermann Hesse, qu'il y a peut-être une espèce de civilisation, une forme civile, mais que cette forme civile est répressive comme un loup qui existe qui hurle quelque part là-bas. Donc, si vous considérez d'autres moments comme ceux-ci où nous apportons des conversations multiples, qui elles-mêmes vont créer d'autres conversations, elles vont porter ces dialogues comme des ressources de conversations. On ne peut pas échapper à ces conversations, elles nous accompagnent toujours, il n'y a pas de solitude. Nous sommes habités par des relations, nous sommes habités par les dialogues. Voilà l'image, maintenant où sont les possibilités pratiques soulevées par tout cela ? Quels en sont les avantages, les désavantages ? Quelles en sont les implications en thérapie ?

 

bulletCela va bien avec le modèle....

 

Oui, mais cela donne un accent positif, on peut même en tirer un avantage.

 

bulletCela ressemble à ce que fait Michael White, quand il dit qui parle

 

Oui, qui parle ici en ce moment et à qui ?

 

bulletEn parlant des voix, est-ce qu'il y a une voix prédominante, celle du propre sujet ?

 

Dans la formulation ? Non... Cela dépend en quelque sorte de celui qui a trouvé la théorie. L'argument de Hermann et Kempton, c'est de se demander pourquoi il y a quelqu'un qui a une voix dominante. Ils vont même jusqu'à développer des tests diagnostics pour savoir qui est la voix dominante. L'autre question qu'il faudrait poser, c'est comment comprendre la voix dominante ? La plupart d'entre nous tend à penser que nous avons la voix dominante et si l'on considère cela par rapport au langage, c'est comme dire que l'anglais est ma voix dominante, que le français est difficile et donc pas dominant. Donc, tous les jours nous utilisons des voix dominantes et nous avons tendance à dire que c'est le moi réel, central. Ce qui est le plus intéressant de connaître, c'est la valeur que nous plaçons dans tout cela. Nous avons mis une valeur à cela comme le corps central et nous acquérons ainsi une espèce de privilège, une valeur. Peut-on maintenir ce type de valeur, voilà la question . En ce moment aux Etats-Unis, il y a un débat qui se développe à propos de l'authenticité, qu'est-ce que c'est d'être une personne authentique dans ces conditions, comment parler pour qu'on fasse confiance à ce que je dis, alors que la confiance et l'authenticité sont en quelque sorte achetés au prix de l'élimination, de la suppression, du rejet d'une multitude de voix ? C'est une question intéressante, en particulier dans la perspective postmoderne, où l'on parle de moyens multiples, comme le courrier électronique, le téléphone mobile.

 

bulletDonc, l'approche constructioniste permet qu'en thérapie, un sujet apprenne à écouter les autres voix aussi, les multiples voix à s'exprimer. La voix prédominante, c'est inviter l'autre à ce qu'il puisse écouter, parler par exemple aux autres voix qu'il a. C'est cela la singularité de l'approche constructioniste ?

 

bulletIl y a aussi le problème de la cohérence interne...

 

Oui, cette vue va à l'encontre de la cohérence interne qui a encore aujourd'hui une grande valeur dans la culture occidentale. Cela veut dire que tout ce désir de cohérence et d'unité, d'être qui vous êtes réellement, est complètement contraignante. Pour revenir à la notion de genre (masculin-féminin), être d'un genre particulier ou avoir une orientation sexuelle particulière ou s'identifier comme faisant partie d'un genre particulier ou d'une certaine orientation sexuelle, et savoir si vous êtes à la télévision et par la presse, cette idée d'hétérosexualité ou d'homosexualité est déjà réductrice, c'est une tradition dictatoriale. Ce qui est implicite dans cette question, c'est que la singularité et l'identité, la cohérence ressemblent à une idéologie, une politique d'une autre époque, qui pose problème. Je vais vous démontrer un argument politique très fort : tenter de faire de nous des individus uniques identifiables est une manière de diviser la société pour maximaliser le contrôle. Chacun de nous a un numéro particulier, des empreintes digitales, un nom, un espace identifiable qui accroissent les possibilités de contrôle bureaucratique par la société. La multiplicité des individus agit en définitive comme une inhibition à ce genre de contrôle bureaucratique. Un petit exemple : il existe aujourd'hui un mouvement cyberpolitique, qui milite pour que chacun ait à sa disposition un grand nombre d'adresses et de noms différents. Ce qui veut dire que si vous avez 20 ou 30 noms, il va devenir impossible d'identifier le responsable de telle ou telle chose, ce qui est une manière de réduire le contrôle bureaucratique.

 

bulletIl y a des dialogues qui se produisent avec nos clients, des dialogues qui sont apaisants et qui aident, qui produisent apaisement, solutions et il y en a d'autres qui ne le font pas. Alors, lorsqu'on arrive à ce type de dialogue qui n'aide pas, de votre point de vue qu'est-ce que vous diriez au thérapeute qui se trouve dans l'impossibilité de pouvoir collaborer à produire un dialogue suffisamment apaisant ?

 

Si vous posez une question d'une certaine manière, peut-être que vous ne pourrez rien faire. De nouveau, c'est très utile parfois d'utiliser différents langages, d'autres métaphores. Si vous avez un client qui parle russe et que vous ne parliez pas le russe, alors oui, vous ne pouvez pas parler son langage. Le côté positif, c'est que si vous abandonnez l'idée que votre langue dominante est le meilleur moyen pour avancer et que vous considériez les possibilités d'avoir des voix multiples et d'explorer cette ressource souvent sous-jacente, vous pourrez trouver parfois des moyens pour continuer. J'ai un ami thérapeute qui s'occupait d'un adolescent qui refusait de parler. Il venait en thérapie et il restait muet. Donc, mon ami parlait, posait des questions, rien ne se passait. Toutes les ressources liées à la langue dominante n'avaient aucun effet. Alors, il s'est rendu à la maison du jeune pour la prochaine séance, dans sa chambre. Il a vu que le garçon avait une guitare dans sa chambre, il aimait beaucoup jouer de la guitare. Il s'est trouvé que le thérapeute lui aussi avait joué de la guitare. Donc, ils ont apporté chacun leur guitare à la séance suivante et ils ont commencé à jouer de la guitare ensemble. Au bout de deux séances, ils ont commencé à avoir des dialogues très sérieux. Voilà une manière d'adopter des voix non dominantes et de savoir utiliser d'autres voix.

bulletCe qui revient à dire au niveau métaphorique, parler la langue du client...

 

Oui. Ce que j'espère ici, c'est de continuer à mettre l'accent sur le fait que quand vous commencez à assimiler le langage des autres, vous leur donnez une possibilité d'assimiler votre langage, comme une espèce de fusion.

 

bulletEst-ce qu'on peut concevoir le langage comme l'usage de la parole ? Le langage est un moyen comme un autre de s'exprimer. Dans le cas de la guitare, la musique est un langage, la poésie est un langage, la culture est un langage. Si le langage convient à la thérapie, on peut progresser avec le patient.

 

Oui, de nouveau, si l'on éloigne de l'accent sur le langage et qu'on réfléchit à toute la gamme des possibilités de coordination, cela pourrait être vu comme une ressource thérapeutique.

 

(Mary) Une des choses qui m'a toujours surpris, c'est la disposition physique du cabinet où l'on exerce. Je crois que chaque client doit s'accommoder à cet endroit un peu étranger pour lui. Souvent aux Etats-Unis, toute une paroi est un miroir sans tain, souvent même il y a une caméra vidéo. Je ne suis pas sûre de savoir ce que cela peut signifier, mais sans doute que cela arrange plutôt le thérapeute et cela montre aussi aux clients où se situe le pouvoir. Je n'ai pas de solution, mais je voulais soulever le problème.

 

bulletMais le thérapeute aussi perd du pouvoir quand il est vu dans son travail.

 

bulletQuelle est la différence que vous faites entre un dialogue qui fait du bien à quelqu'un dans n'importe quel moment de la vie et un dialogue thérapeutique ?

 

C'est une question extrêmement importante, théoriquement et politiquement, et souvent en ce qui concerne nos revenus. A mon avis, la thérapie a largement remplacé la communauté et les relations face à face que la modernisation au XXe siècle a détruite. Les gens n'ont pas beaucoup d'amis et de voisins et personne n'a envie de parler. A moins de payer quelqu'un pour être votre ami et parler avec vous pendant des heures. Voilà la vision que j'ai, parfois.

 

bulletJ'ai une jeune femme qui est dans des problèmes de couple depuis un an. Elle est venue me voir parce qu'elle dit qu'il y a des choses dont je ne peux absolument parler à ma famille et dès que j'en parle, on me dit ce que je dois faire, je n'ai aucun espace pour y réfléchir. Elle a des amis, des parents et quand on a parlé de sa situation , elle m'a dit que c'était la première fois qu'elle entendait quelque chose de positif sur ce qu'elle vivait depuis six mois, un an.

 

Cela signifie que la thérapie a une grande valeur dans notre société, mais il se pourrait qu'elle n'en ait pas, à cause de la connaissance pseudo-médicale sur la nature du bien et du mal ou de la maladie et la guérison.

 

bulletMa question concerne l'expert-thérapeute : j'aimerais connaître ce que vous pensez de cette pratique.

 

Je vais revenir sur le point que j'ai soulevé tout à l'heure. Si nous regardons le constructionisme à travers les différentes thérapies nous devons dire que chacune d'elles proposent des jeux de langage différents, différentes manières d'être en relation. Si le changement tend à être un mouvement vers la rencontre ou un mouvement vers la relation il y a un certain avantage à avoir une multiplicité de possibilités. Elles sont dans un certain sens un vocabulaire apporté au dialogue pour que l'interprétation ne soit pas nécessairement inégale et ne soit pas considérée comme une voix autoritaire (comme de dire que l'homosexualité est une maladie). Dans certains contextes cela peut être considéré comme quelque chose de très valable. Par exemple, j'étais très opposé au diagnostic, j'ai écrit beaucoup contre le diagnostic : Mais voilà que dans une étude faite par un de mes étudiants, il apparaît clairement que beaucoup de clients donnent beaucoup de valeur au diagnostic. Cela clarifie les choses pour eux, quelqu'un s'y connaît ; avant, ils avaient peur. Dans ce cas, l'autorité donne voix à l'interprétation et l'interprétation monologique peut aussi trouver sa place, même dans une sorte de multiplicité.

bulletJe pense que c'est lié au problème du pouvoir...

 

C'est une possibilité...

 

bulletMême si le thérapeute croit avoir la réponse, il faut encore que la réponse soit ciblée...

 

Dans cette réponse-là en particulier, il y en a un qui dit : il n'y a pas de pouvoir avant d'avoir une coordination ou de vouloir être le fruit du pouvoir. De nouveau, le pouvoir est une création commune. Cependant, c'est aussi une vision qui a des limites. Nous avons parlé plus haut d'enfants abusés sexuellement en bas âge. Souvent, en tels cas, c'est utile et c'est également utile parfois de dire que le pouvoir comme on le comprend de manière traditionnelle n'est pas nécessairement mauvais malgré ce qu'en a dit Foucault.

 

bulletCela fait me penser que quand on en a besoin, on demande un avis ou un diagnostic. Je suis psychologue et une mère vient voir en me disant : est-ce que vous pensez que mon enfant souffre de désordre de l'attention, je peux lui donner mon point de vue et l'envoyer suivre des tests cliniques. Je peux le convertir dans un contexte thérapeutique, mais ce sont deux choses différentes à mon avis. La consultation et la thérapie et les deux ne peuvent pas être confondues.

 

Voici un autre exemple, celui de Jeanne Goldman, avec qui nous travaillons sur le problème de la violence. C'est une constructioniste et elle travaille beaucoup avec le langage et la signification dans les familles. Elle a eu un cas où malgré tout ce qu'elle faisait, l'homme continuait à battre sa femme. C'était égal qu'ils parlent ou non, cela n'avait pas d'influence. Un jour, la femme est entrée en séance avec un énorme hématome au visage. Jeanne a dit au mari : si vous la battez de nouveau, je vais vous dénoncer comme criminel et appeler la police. Il a arrêté de battre sa femme. Donc, parfois, vous avez besoin d'une voix différente.

 

 

Raison et émotion en tant que relation

 

Je vais vous parler d'une autre orientation, , une autre narrative. Cela concerne un peu quelque chose dont nous avons parlé, mais cela va l'éclairer un peu. C'est une métaphore empruntée au théâtre. Mary et moi travaillons beaucoup dans ce domaine. Pour le présenter, je vais me servir de la psychologie. Au lieu de considérer la raison ou l'émotion, le désir, comme quelque chose qui se trouve dans le cerveau et qui me pousse à l'action, nous allons considérer la raison, le désir, l'émotion, ainsi de suite, comme une interprétation théâtrale. Prenons la colère. Dans notre tradition, nous nous référons à ce terme comme un état mental, comme à un référent dans notre esprit : Je me sens en colère, ou je dis que je suis en colère, et déconnecter ce terme de notre esprit le fait devenir un mot, un terme, comme le mot sourire ou comme se serrer la main, ou dans le sens d'une mise en scène. Mais je ne peux pas dire à mon fils adolescent qui amène tous ses amis quand je ne suis pas à la maison le week-end et qui démontent mon appartement, je ne peux pas dire : Stan, je suis en colère (voix douce). C'est une interprétation, je ne peux pas simplement utiliser le mot sans le faire : JE SUIS VRAIMENT FACHE DE VOIR ÇA!!! et ça s'adresse à lui, j'y participe, cela me prend tout le corps, mon être entier. Si l'on regarde l'interprétation comme faisant parfois partie intégrante d'un scénario, elle ne peut venir au monde comme action sensée que lorsqu'elle fait partie d'un scénario, c'est-à-dire partie intégrante d'une séquence, comme si vous écrivez une pièce de théâtre dans laquelle la colère prend un sens dans le temps. Donc, je ne peux pas au milieu de notre conversation ici dire tout d'un coup : JE SUIS VRAIMENT FACHE! Je peux le dire, mais vous allez me regarder étrangement, parce que ça ne s'inscrit pas dans un scénario. Si je veux le faire, il faut que je le mette dans un scénario relationnel aux formes conventionnelles, comme l'est le drame dans notre tradition. Je ne peux donc faire une chose comme celle-là que lorsque c'est précédé par certaines choses et pas d'autres. Si vous venez vers moi après mon interjection en tapant du pied, je vais probablement me mettre en colère. C'est dans notre tradition. Si vous marchez sur mon ombre, je pourrais même rire, parce que cela a un sens dans notre tradition.

 

Pour que la colère soit efficace, il lui faut une sorte de préliminaire. Nos conventions font qu'un fois jouée vous n'avez pas tellement de choix sur ce qui peut se passer ensuite. Cela ressemble à des pas de danse, seule la danse permet des choses pas raisonnables. Donc dans l'ordre de nos conventions, si je pense que vous m'avez menti le mensonge peut provoquer de la colère. Si je vous dis : Vous voyez, vous m'avez menti, vous n'avez que trois ou quatre choix sur ce qui peut suivre dans la danse. Vous pouvez vous excuser, c'est une partie de ce qu'on fait, vous pouvez faire un recadrage, ce qui veut dire donner une interprétation du mensonge qui va le transformer en autre chose, qui déconstruit sa valeur, sa raison d'être, ou je peux me mettre en colère contre vous parce que vous m'avez attaqué et que la colère apparaît quand on est attaqué. C'est très difficile d'avoir d'autres choix dans les conventions de la culture occidentale. Mais regardons le scénario de cette manière : si vous faites quelque chose qui ressemble à un mensonge, cela va enclencher la danse, le scénario. Si je me mets en colère (et soit dit en passant la colère n'est pas la seule manière de répondre au mensonge mais c'est comme ça que la danse se fait), je peux m'excuser. Je ne peux pas vous dire en guise réponse à votre colère : il fait beau dehors, cela n'aura pas de sens, la danse n'aura aucun sens et vous allez vous mettre encore plus en colère. Mais si vous vous excusez, alors c'est moi qui n'ai plus beaucoup de choix. Je peux me mettre de nouveau en colère, cela provoquera un peu de changement, je peux atténuer la colère et vous faire vous excuser de nouveau. Je peux montrer un grand cœur et après que vous vous soyez excusé, je peux accepter l'excuse : OK, je comprends, mais ne recommencez plus. Arrivé à ce point, la danse s'arrête et là seulement vous pouvez dire : il fait beau dehors. Parce que la pièce est jouée. Maintenant, si vous suivez cette logique, cela revient à dire qu'il y a certaines danses culturelles qui ont une espèce de logique interne, une cohérence qui ne nous appartient pas. Mes émotions et ma colère ne sont pas spécifiquement miennes, je les porte comme un acteur dans une pièce, mais la pièce est déjà écrite avant que je ne la joue et sans moi comme partie de la pièce, la pièce n'a pas de sens. En fait, chaque partie de la pièce qui s'est déjà écrite définit ce qui doit se produire. Si je m'excuse et que vous vous excusiez cela définit ce que vous venez de faire comme de la colère, mais cela ne ressemblera pas à de la colère avant que la réponse ne soit légitimée comme telle. Si je ris quand vous dites que j'ai menti, c'est que je suis en train de transformer ce que vous avez dit en blague.

 

Je vais vous donner un autre exemple tiré de la vie quotidienne : Une danse très courante que nous jouons et qui garde les gens dans une coordination, c'est d'utiliser la critique : tu arrives en retard, tu es trop lent, tu dors trop longtemps, tu manges trop. Toutes ces critique sont utilisées pour garder le flux de la coordination. Si vous maintenez la coordination, la critique fonctionne comme une attaque. L'attaque suppose une contre-attaque, c'est la pièce maîtresse, dominante de la danse, je vous attaque et vous m'attaquez à votre tour. Cela aussi fait partie de la coordination. La fin de ce jeu est aussi une fin différente. Une fois que vous êtes devenu celui qui est attaqué et la réponse va à son tour générer une contre-attaque. Cette manière est tellement ancrée dans nos conventions occidentales que l'autre va continuer d'attaquer encore plus et son attaque va encore s'amplifier. Par conséquent, cette danse d'attaque et de contre-attaque a une grande tendance à une escalade de la violence. Des études faites aux Etats-Unis ont tenté de démontrer que des drames répétés commencent avec de petites choses et cette danse semble tellement naturelle, biologique, que ça s'amplifie jusqu'à l'escalade. Tout le monde connaît cela dans la vie quotidienne, mais comment intervenir dans ce processus de manière à l'arrêter avant qu'il dégénère ou que nous ne nous ne parlions plus pour le reste de la journée ou pire encore ?

 

Quelque chose que nous faisons avec Mary , c'est de mettre en en scène ce scénario. Voilà le défi pour les thérapeutes de famille, quel défi poétique peut trouver d'autres pas à danser, d'intelligent à dire et à faire qui serait susceptible de changer, de mettre un terme à cette danse, quelque chose que l'on peut faire avec les clients. La critique et la contre-critique, la colère et la contre-colère sont des ressources habituelles pour se contrôler mutuellement au sein d'une relation.

 

Je vais simplement vous le démontrer avec un exemple sorti de la thérapie familiale, une excellente ré-écriture d'un scénario. Un commentaire qu'on peut insérer dans la danse, dans le scénario à n'importe quel moment et qui est essentiellement un mouvement réflexif pour amener à la question : qu'est-ce que nous sommes en train de faire ? Pourquoi sommes-nous en train de faire cela ? Est-ce que nous voulons vraiment prendre ce chemin-là ? Est-ce que nous voulons vraiment continuer à gâcher le reste de la journée ou de la soirée de cette manière ? C'est amener la danse elle-même dans la conversation en tant qu'objet pour créer d'autres mouvements. Bien sûr, ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres.

 

 

Encore une approche différente

 

Voici quelque chose de vraiment important, quelque chose qui ouvre de nombreuses possibilités pratiques. C'est aussi est une forme de thérapie comme spectacle. Vous faites tous jouer des rôles en thérapie. Une dernière métaphore donc, celle-ci s'appelle Distribute the mind (disséminer la pensée). Nous traitons la mémoire, l'intelligence, la raison comme des processus mentaux individuels. Cette métaphore nous dit : pourquoi ne pas considérer l'intelligence comme le résultat de toute une série d'échanges relationnels ? Pourquoi ne pas considérer la mémoire comme quelque chose faisant partie intégrante des échanges relationnels plutôt que comme quelque chose qui réside dans l'esprit individuel ? Une grande partie de ce travail se fait dans diverses institutions. Le cas que je trouve le plus intéressant et qui est très proche de la thérapie familiale est l'étude sur les accidents d'avion. Ces études montrent que dans les cas d'accident, ce sont les communications entre les membres de l'équipage, pilote, copilote, navigateur qui sont la cause majeure des accidents d'avion. Le résultat de cette étude démontrent que la plupart de ces accidents d'avion résultent d'un défaut de coordination entre les membres de l'équipage. Ils n'écoutent personne, ils ne posent pas de questions sur ce qui leur est dit, ils n'ont pas de discussion sur les possibilités. On peut donc voir l'accident d'avion non comme une défaillance de l'intelligence individuelle mais comme l'incapacité de tout un groupe à organiser une coordination intelligente. L'intelligence ne réside pas dans l'esprit de chaque individu, elle réside à l'intérieur de l'ensemble des relations d'où émergent la raison et l'intelligence.

 

Voici le noms des site Internet qui vont vous permettre un accès aux programmes de l'Appreciative Inquiry :

//www.serve.com/TAOS et //world.std.com/~ fic/.

 

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